Sierra de Gredos (Espagne) 2016

mardi 17 janvier 2017

Une nouvelle aventure Thang-ka style commence le samedi 2 octobre 2016 quand Jo et Els essaient de récupérer une belle équipe motivée et diversifiée à l’aéroport Madrilène. Cela fait une dizaine de jours qu’ils sont sur place pour tester les sites, prendre contact avec les pilotes locaux et préparer la logistique pour accueillir un groupe de 8 pendant une semaine. Mais Madrid nous garde quand même quelques surprises et d’un coup nous nous retrouvons dans les couloirs d’un labyrinthe de terminaux où même un spécialiste comme Harry Potter risque de partir en dépression. Après les changements, les retards et les problèmes de non-connection à cause de portables non portés, nous arrivons à localiser et retrouver Cécile, Theo, Katell, Rik et Jacques, sains et saufs. Nous partons en 2 teams avec le minibus et le Sloeffie, vers le Sierra de Gredos. En route, nous récupérons Tristan avec son minibus VW et le soir nous arrivons tous à Cebreros où nous nous tapons les premiers tapas pour bien commencer notre intégration.

Le lendemain, le plaf colle au relief et nous décidons de repérer les sites pour gagner du temps pour les jours à venir. L’après-midi, nous nous arrêtons sur une pelouse accueillante pour faire un peu de pente-école, sans vent mais avec beaucoup d’élégance et de souplesse.
Le soir nous faisons une petite balade dans le centre du village pittoresque de Pedro Bernardo, où nous prenons les tapas dans le bar/resto pour lequel le terme ’meilleur qualité/prix’ a été inventé. El Hogar bar est installé ’dans’ l’arène. Oui oui, bizarrement l’entrée se fait par la place ronde du village où le parking se transforme pendant certains week-ends en bac à sable avec des tribunes autour pour organiser des corridas.
Heureusement c’est la basse saison par rapport à cette tradition barbare et nous pouvons déguster les multiples tapas tellement délicieux, sans danger et sans scènes sanglantes. Les ragouts de cerf, les boulettes de viande et le foie de sanglier ont tendance à disparaître à vitesse grand V dans nos estomacs. Heureusement que nous ne sommes pas du tout gourmand.

Le lundi s’annonce morose, mais tout est sous contrôle et nous descendons joyeusement vers Tolède pour une visite à son centre historique.
Ici, les catholiques, les juifs et les musulmans ont prouvé qu’il était possible de vivre paisiblement ensemble, si l’ouverture d’esprit et la tolérance sont partagées. Les traces des 3 cultures sont visibles partout dans la ville et pendant qu’Els nous fait revivre le passé, nous découvrons le dédale de petites ruelles du centre médiéval.
Il y en a pour tous les goûts : des synagogues en style mudéjar et une bonne dose de gothique flamboyant flamand, mélangé avec un peu de graffiti moderne pour les amateurs d’art et d’architecture, des jardins paisibles et des bains arabes chaleureux pour ceux qui veulent se relaxer et même les épées d’Aragorn, de Gandalf et de John Snow, réalisées par les spécialistes en armature de Tolèdes, selon leur savoir-faire du Moyen-Age.
La cerise sur le gâteau est sans doute la statue de Don Quichotte de 2,5 m de haut, sculptée en 600 kg de pâte d’amandes, une spécialité délicieuse de Tolède, fabriquée toujours selon la recette mise au point par des moines il y a quelques siècles, pour lutter contre la famine.
Comme nous avons pris l’habitude, nous nous lâchons à plusieurs reprises pour goûter les spécialités locales comme le chorizo cuit, la soupe castillane ( bouillon avec jambon, œuf et pain) et le gaspacho savoureux qui font honneur à la "capitale culinaire de 2016".

A partir de mardi le soleil est au rendez-vous et notre enthousiaste équipe est impatiente pour s’envoler à Cebreros, un joli site en SE avec un dénivelé de 600 m et un rendement formidable. En été les conditions sont souvent trop fortes pour voler mais actuellement c’est parfait pour nous et, encadré par Jo, nous nous entraînons pendant 2 jours aux vols thermiques.
Il y a des crêtes avec des orientations différentes, des forêts de pins avec des clairières, des étables en ruine et des barres rocheuses qui créent un terrain de jeu idéal sans obstacles ou difficultés où les thermiques jouent au cache-cache. Nous essayons de nous centrer au milieu de ces ascenseurs, qui ont tendance à changer de forme et de direction. Nous ne nous fions pas seulement à nos sensations mais utilisons également une concentration extrême et une analyse immédiate et minutieuse des signaux de nos instruments. Ceci nous permet de profiter de mieux en mieux des conditions, même sans faire de longues distances. Autant Theo que Jacques et Tristan réussissent à faire une légère concurrence aux vautours qui s’amusent dans les thermiques.
C’est impressionnant de voler ensemble avec ces oiseaux tellement fluides, mais parfois ils sont tellement ’bêtes’ qu’ils essayent de passer entre la voile et le bonhomme.Leur présence nous aide donc à aiguiser notre concentration.
Le nombre d’heures de vol augmente vite et tout le monde kif, entre autre grâce aux repas chaleureux et aux soirées jeux où l’architecte se fait assassiner, le roi se fait braquer et le reste du groupe ne cherche qu’à se débarrasser des concurrents.

Jeudi, nous volons à partir des différents décollages autour de Pedro Bernardo, un endroit où les thermiques permettent souvent de découvrir le milieu de la très large vallée, voir l’autre versant, sans perdre trop d’altitude. Jo et Els l’ont testé sans problèmes la semaine dernière en biplace quand l’estomac d’Els protestait après 1h30 de vol, longtemps avant que les ascenseurs s’éteignirent.
Aujourd’hui nous volons en SE le matin, au dessus des grands blocs granitiques du massif et l’après midi nous montons vers le petit décollage en Est, où le manque de vent ne facilite pas les choses. Heureusement nous avons fait de la pente-école en début de semaine et toute l’équipe se met en l’air sans soucis.
Jo emmène Katell pour quelques biplaces pédagogiques et Rik teste la finesse de son Anakis et se rend compte qu’il a peut-être été un peu optimiste. Heureusement les pistes forestières sont larges pour un atterro improvisé et la récup assez facile.
Ce soir, nous visitons la ville fortifiée d’Avila, site Unesco, ville natale de Thérèse, entourée d’une muraille avec 88 tours qui embrasse un charmant centre médiévale. Bien sûr, Els nous raconte les petits secrets, comme l’origine du Yema, une spécialité d’Avila, (une boule de jaune d’œuf et de sucre) et elle nous donne également les réponses à des questions pertinentes comme : qui a fait la mini-porte dans le grand mur, pourquoi a-t-on décapité les 60 otages et où s’est arrêté l’âne qui se baladait avec un ermite mort sur le dos ???

Vendredi nous retournons vers Cebreros où nous domptons de nouveau les thermiques, surtout l’après midi. Cécile fonce, le couteau entre les dents, dans les airs chauds et elle sort en tant que vainqueur rayonnant de cette danse tourbillonnante. Rik y va également à fond et sort enfin sa nouvelle Whizz pour l’inaugurer "feu patate" avec un beau vol à ras da-da des crêtes, yahou zaoui !!
Entretemps Jacques se transforme en décorateur Christo avec une création Kronenbourg quand il drape son Amaya rouge et blanc sur un petit arbre en contrebas du déco. Heureusement, pilote et voile sortent sain et sauf de l’exercice, après un peu de taillage méticuleux. On est vendredi après midi, 15h30 et tout le monde a la banane à l’atterro, on peut dire que notre stage était bien réussi et se termine ici ... ou pas.
Et si on remonte pour un dernier petit vol ? La question ne se pose même pas et toute la bande est partante pour finir avec "l’ultime plouf". Ou pas.
Des cumulus se dessinent au dessus de nos têtes et en décollant, Cécile remonte doucement et peut enfin admirer le très joli lac derrière le massif. Katell décolle, élégante comme un ange, et la suit, mettant en pratique les cours privés de Jo.
En fin de compte, ce sera un des meilleurs vols de la semaine pour tout le monde. Une belle surprise pour terminer une semaine merveilleuse.
Avec des yeux brillants, nous partons vers Pedro Bernardo, où nous avons réservé le meilleur restaurant de la vallée ’La Gatera’ en tant que surprise, pour fêter les 40 ans de Katell. Larry, un de nos contacts locaux, nous avait donné ce conseil et on le remercie amplement car tout est très bon, très savoureux et très soigné. Le patron se décarcasse pour nous faire plaisir (même de la musique française) et y réussi grandiosement.
Le sublime gâteau d’anniversaire aux carottes (surprenant mais génial) est la grande finale de cette semaine qui, selon l’air bouleversé de Katell et les grands sourires des autres, peut être rajoutée sans soucis dans les annales des voyages de Thang-ka.



Samedi nous faisons un échange standard à Madrid, où nous disons au revoir à Katell, Cécile et Jacques pour accueillir Wim, Manu et Nono qui viennent donner un coup de boost à l’équipe de Theo, Rik et Tristan qui ont fait un hike et fly à Pedro Bernardo cet après midi.

Dimanche nous attaquons Cebreros avec les mêmes instructions pour les nouveaux que la semaine dernière : centrer ces thermiques et essayer de sentir comment les tubes d’air chaud s’inclinent et se plient à cause du vent comme des tiges de roseaux. Et faire attention aux pilotes de première classe que sont les vautours et bien sûr aux collègues parapentistes, plus grands mais plus lents. Ce n’est pas gagné de suite pour tout le monde mais l’assimilation se fait quand même et on commence à frôler la perfection après plusieurs beaux vols.

Lundi matin les sites de météo ont annoncé une tendance nord et nous avons décidé d’aller voler de l’autre côté de la vallée. Plein d’optimisme nous montons vers les antennes mais quand nous arrivons au décollage, la manche à air nous accueille joyeusement avec un petit vent arrière. Certains soupirent pendant que d’autres se regardent mutuellement avec un air de complicité. On sent qu’il y a des plans foireux qui se préparent. Ceci promet de devenir une action où le slogan ’Feu Patate’ (Brand Bintje en Flamand) sera d’actualité. Les plus motivés (ou les plus casse cou) se préparent alors pour se donner jusqu’au bout. Le déco n’est pas très long et Jo s’aventure en premier en virage, zigzaguant entre les blocs pour décoller au bout. Tristan préfère le plein vent de cul et il y va comme une flèche, déco parfait. Il est suivi par Nono, Manu et Rik, qui doivent tous galoper à fond les ballons pour donner un minimum de vitesse à leur voile, avant de se jeter avec un grand saut dans le vide et espérer qu’il y ait assez de portance pour éviter qu’ils tombent avec un gros plouf entre les rochers en contrebas. Miraculeusement tout le monde y croît et réussi du premier coup et un joli vol de 900 m de dénivelé est la récompense pour tout ces exploits.
Entre temps, Wim et Theo ont regardé tout cela en secouant leur tête d’un air hébété, avant de descendre avec Els pour récupérer cette équipe de téméraires en minibus.
L’après-midi nous allons à Pedro Bernardo pour quelques vols thermiques du côté Est où la plupart réussissent à bien tenir un bon moment. Nous mettons les tentes (selon largeur et nombre d’habitants) au merendero local, une aire de camping aménagée avec des tables, des bancs et des barbecues en pierres. Nous choisissons par contre unanimement pour une paella mixte gigantesque et savoureuse au Hogar Bar. A la fin il en reste encore assez pour demain, mais il n’y a personne qui s’en plaint.

Rise and shine, tout le monde sort, saute ou s’extrait plus ou moins motivé des tentes respectives, mais la nuit ne s’est pas passée pour tous de la même façon. Wim se plaint d’un petit soucis côté tête et ventre (pourtant nous n’avons pas fait trop d’excès hier) et Manu a dormi (ou pas) sur un grand rocher et met la responsabilité pour cette mésaventure chez Theo qui avait choisi l’emplacement de la tente.
Nous prenons le p’tit déj au Sloeffie et vu le ciel voilé et le vent de l’ouest de prévu, nous décidons de tenter le coup au site mythique de Piedrahita, en traversant le magnifique paysage du Sierra de Gredos. Nous nous arrêtons au Puerta de Picos pour admirer l’ancienne route romaine qui a été construite à travers les montagnes il y a 2000 ans, et qui est en meilleur état qu’une bonne partie de nos routes actuelles.
A Piedrahita, le ciel est également nuageux quand on arrive au tapis rouge-vert du déco, plus lisse qu’un billard. Nous n’arrivons pas à contacter nos copains-conseillers locaux Edouardo et Lourdes, alors nous partons pour 2 vols tranquilles, au dessus de ce joli paysage complètement différent. Ça valait quand même le coup de venir ici pour cette belle découverte de l’autre côté du massif avec des conditions toutes douces.
Pour ceux qui sont là dès le début, la fatigue commence à se faire sentir après 10 jours et même Theo se plaint qu’il n’arrive même plus à porter son sac.
Ce soir nous mangeons les restes de la paella et nous nous glissons dans les tentes respectives. Le seul événement de la nuit est un gros "boum" et une rigolade en plein milieu de la nuit, quand Theo retrouve un gros caillou dans son sac et le jette de sa tente avec un gros bond.

Le mercredi matin, Rik s’envole pour de nouvelles aventures au Chili et les autres passent la journée sur les différents décos de Pedro Bernardo. Nous nous envolons de décollages pas toujours évidents, comme celui du Sud, et nous travaillons sur les ascendances entre deux couches stables. Exploiter les thermiques en continu sans avoir des zones de transition ou sans atteindre vraiment des hauteurs où nous pouvons nous reposer, demande pas mal d’énergie et de concentration. Du coup tout le monde est bien fatigué en début de soirée quand nous récupérons les clefs du gîte.
Ce soir nous testons le resto El Gavilan au village voisin, où nous goûtons les spécialités aux champignons et bien sûr la viande goûteuse d’agneau, de veau et de bœuf, avant de s’installer dans notre lit douillet, sans cailloux cette fois-ci.

Jeudi sera probablement notre dernier jour de vol, alors nous partons vers midi pour un premier vol tranquille à Pedro Bernardo. Complètement inattendu, Nono prend de la hauteur et monte plusieurs centaines de mètres au dessus du déco. Les autres trouvent plusieurs thermiques mais rien d’assez fort pour pouvoir traverser la couche d’inversion bien épaisse. Alors nous continuons à travailler dur pour gagner quelques dizaines de mètres, ou pas. Après plus d’une heure de bataille, Manu réussi à percer et il rejoint Nono au dessus de la première crête et ensemble ils partent pour leur premier cross tout seul. Jo avait laissé sa place pour ce vol à Els, qui se prend une belle fermeture un peu plus tard et rejoint Theo et Wim à l’atterrissage, où Jo vient les chercher pour monter au décollage SO. Entre temps, Tristan a réussi à remonter en volant et il se pose en haut pour manger un bout avec les autres. Quelques minutes plus tard il se remet en l’air et cette fois-ci il arrive à partir avec le dernier cycle de la journée, en poursuite des 2 autres qui ont à peu près 2 heures d’avance.
Le plafond reste très bas et aussi les crosseurs doivent se battre pour chaque crête suivie, chaque sommet dépassé et chaque vallée traversée.
Les autres se mettent également en l’air et Jo garde un œil sur Theo et Wim qui décollent pour la première fois de ce côté. Tout le monde fait encore un très beau vol avec le record de la semaine pour Manu. Il a fait 30 km en exactement 3h, avec beaucoup de sueur qui a coulée et beaucoup d’énergie dépensée. Quelle journée, savourée pleinement par toute l’équipe, vu les bananes à gogo sur les visages.

Vendredi il pleut, alors c’est journée visite. D’abord nous passons à Avila pour bien manger et prendre un petit café dans un des palaces luxueux, et après nous partons à Ségovie, une petite ville à 100 km au nord de Madrid.
L’aqueduc romain, parfaitement intact et construit sans liant, nous laisse bouche bée tellement il est impressionnant. Ici, Isabella la catholique se faisait couronner en tant que reine et l’église est un vrai bijou gothique. Le château fort, détruit par un incendie, a été remplacé au 19ième siècle par un "temple de mauvais goût" dans un style "Disney expérimental mal tourné".
Nous terminons notre dernière journée avec une soirée tapas gastronomique dont des jambons ibériques avec fromage bleu et miel, du saumon au guacamole et amandes, des anchois avec une sauce aux mangues piquantes et d’autres trouvailles goûteuses.
Et après c’était le moment de rentrer.

Ce fût encore un voyage magnifique avec des conditions de vol stables mais généreuses (Tristan a réussi à faire 20h de vol en 2 semaines), adaptées au niveau de chacun. La découverte culinaire et culturelle a, comme toujours, complétée agréablement les journées de vols passionnantes et grandioses.
Merci à tous ceux qui étaient avec nous, pour leur bonne humeur, leur enthousiasme et leur énergie, pour faire de ce voyage encore une aventure inoubliable.
A l’année prochaine !


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