Comment choisir son matériel de parapente ?

mardi 21 mars 2017

Acheter du matériel de parapente : quoi, quand, où, comment ?

Si tu veux acheter du matériel de parapente c’est bien de faire une différence entre le matériel de base (voile et sellette ou cocon), matériel de sécurité (parachute de secours et casque) et matériel optionnel comme la radio, altimètre/vario/GPS, anémomètre et gants.

Matériel de base

Quelques bonnes astuces !

1. Ne te précipites pas, n’achètes pas de matériel avant de commencer ton stage initiation !
2. Achètes que des voiles, sellettes ou parachutes de secours homologués et pour du matériel d’occasion de plus de 2 ans, vérifiés par un organisme officiel.
3. Achètes que du matériel adapté à ton poids, ton expérience, les conditions dans lesquelles tu vol, ton nombre de vols par an, ta façon de voler et les sites que t’utilise.
4. N’achètes jamais de matériel de base sans l’avoir testé en vol (même si ça semble d’être l’affaire du siècle)

A. Choisir son aile

Astuce 1 : Ne te précipites pas, n’achètes pas de matos avant de commencer ton stage initiation !
(Mieux vaut attendre jusqu’au niveau du brevet initial, ce qui correspond à une 20aine de vols.)

- Premièrement tu ne pourrais pas être sûr que le parapente soit vraiment quelque chose pour toi. Même si ton meilleur copain trouve ça merveilleux ou si t’as déjà fait un, voir plusieurs vols en biplace et que c’était magnifique. Piloter soi-même est complètement différent et n’est pas forcément adapté à tout le monde.
- Tu ne pourrais pas tester ton matériel en vol, ce qui est quand même préconisé selon l’astuce 4.
- Même après un stage initiation c’est encore difficile de savoir quel type de matériel correspondra à ta façon de voler. C’est alors plus difficile de choisir le matos qui est vraiment adapté à ta pratique.
- Il y a une différence entre les voiles pour ’débutants’ et celles pour des pilotes un peu plus ’expérimentées’.
Si t’achètes une voile vraiment pour débutants tu pourrais de suite l’utiliser pendant ton stage initiation voir pour faire des gonflages et des exercices au sol même en dehors des stages pour évoluer plus vite. Il s’agit de voiles qui sont ’foolproof’ et qui sont conçus pour s’adapter à des mouvements inadaptés ou brusques. Souvent ces voiles sont plus stables et donc un peu plus lent et / ou moins maniables que les voiles un peu plus performantes.
Si t’achètes une voile un peu plus pointu elle demandera plus de pilotage et tu ne pourrais donc pas l’utiliser pendant tes premiers stages car trop difficile (voir dangereux par rapport à ton niveau). Il n’y a donc aucun intérêt de se procurer une telle voile avant de commencer.
- L’idéal sera d’utiliser pendant tes premiers stages le matériel adapté de l’école et d’attendre avec l’achat de ton matériel jusqu’au moment où tu peux vraiment opter pour le matériel adapté parfaitement à toi et ta façon de voler.

Mieux vaut attendre un peu avant d’investir quelques centaines voir milliers d’euros.

Astuce 2 : Achètes que des voiles, sellettes ou parachutes de secours homologués et pour du matériel d’occasion de plus de 2 ans, vérifiés par un organisme officiel.

- Beaucoup de voiles et parachutes modernes ont une homologation CEN (avant Afnor) ou DHV (pour le marché allemand). Cela consiste en
un teste de résistance du matériel (tissu et lignes)
des testes pendant des vols où des pilotes de test simulent des situations qu’on pourrait rencontrer pendant un vol normal, La réaction du matériel ou la réaction nécessaire du pilote pour corriger sont mesurés et à base de ces résultats les voiles sont catalogués dans des catégories différentes (A, B, C, D, …)
- Une voile homologuée correspond aux normes européens de résistance et donnent une idée des réactions de ta voile dans des situations concrètes. Cela te permet de choisir la voile qui correspond avec ton expérience. (voir astuce 3 B)
- Les Constructeurs préconisent de faire réviser les voiles une fois par an ou toutes les 100 heures afin de pouvoir détecter d’éventuels dommages et d’éviter que les prestations en vol changent. Cela pourrait arriver à cause de décalages de la voile (même minimaux) causé par le raccourcissement ou le rallongement des lignes (cela arrive très fréquemment) ou par les tissus qui se déforment.

Astuce 3 A : Achètes que du matériel adapté à ton poids.

- Chaque voile est testée et homologuée par rapport à une fourchette de poids et les réactions de la voile sont vérifié pour un poids total volant minimum et maximum, bien sûr avec l’équipement complet :
- le pilote avec ses vêtements de vol (ne pas oublier les chaussures, gants, ...)
- le matériel de vol (ne pas oublier le casque et les instruments)
- tout ce qui est emmené en vol (la gourde pleine, snack, caméra, …)
-  Une fourchette de poids fait souvent entre 15 et 25 kg et pour être polyvalent en vol le mieux sera d’être à peu près au milieu de la fourchette. Être plus en bas ou en haut de la fourchette a des conséquences en vol :
Si tu es en bas de la fourchette
* ta vitesse est un peu moindre
* les réactions de ta voile en cas d’incident seront moins vifs, moins fortes
* ta voile est plus sensible à des petites fermetures mais qui sont souvent sans conséquences
- Cela a surtout des avantages en conditions calmes (le matin, le soir, avec vent faible, l’hiver quand il y a moins de thermiques, …) parce que à ce moment tu risques de rester en l’air plus longtemps et d’être plus haut que les pilotes qui sont plus lourds sous leur voiles. C’est également plus adapté aux pilotes moins expérimentés car les incidents demandent des interventions moins vites et moins précises.
- Mais il y a également quelques inconvénients à cause de la vitesse plus lente quand il y a beaucoup de vent et en volant dans des conditions fortes. A ce moment tu risques de rentrer dans les thermiques forts moins facilement, surtout en les approchant par derrière (sous le vent).
En étant en haut de la fourchette :
* souvent tu vas plus vite
* ta voile est un peu moins sensible aux petites fermetures
* les réactions de la voile seront plus vifs et plus fortes et le pilote devrait donc réagir plus vite et plus accurate en cas d’incident
- Ceci à l’avantage d’avoir plus de marge pour avancer en cas de gros coup de vent et de rentrer dans les thermiques plus facilement s’ils sont forts.
- Les inconvénients sont en relation avec l’expérience du pilote car les réactions de la voile seront plus fortes et demandent donc une réaction immédiate et juste du pilote.
La différence entre le poids mini et maxi peut être visible dans le rapport d’homologation de la voile. (voir astuce 2)

Astuce 3 B  : Achètes que du matériel adapté à ton expérience

Selon les homologations, les nouvelles voiles sont cataloguées en plusieurs catégories CEN qui correspondent aux définitions suivantes selon la FFVL :

A : Parapente avec sécurité passive maximale et caractéristiques de vol extrêmement tolérantes.
Forte résistance aux sorties du domaine de vol normal.
Pour tous pilotes y compris en phase d’apprentissage

B : Parapente avec bonne sécurité passive et caractéristiques de vol tolérantes.
Résistance moyenne aux sorties du domaine de vol normal
Pour tous pilotes y compris en phase d’apprentissage.

C : Parapente avec sécurité passive modérée et réactions potentiellement vives à la turbulence et aux erreurs de pilotage.
Le retour au vol normal peut nécessiter un pilotage précis.
Pour pilotes entraînés aux techniques de sortie du domaine de vol, au pilotage actif, qui volent de manière régulière, et comprennent toutes les implications d’un parapente ayant une sécurité passive réduite.

D : Parapente aux caractéristiques de vol exigeantes, avec réactions potentiellement violentes à la turbulence et aux erreurs de pilotage.
Le retour au vol normal exige un pilotage précis.
Pour pilotes très entraînés aux techniques de sortie du domaine de vol, au pilotage très actif, ayant une forte expérience du vol en conditions turbulentes, qui comprennent et acceptent toutes les implications d’un tel parapente

Quelques précisions :

- Les homologations ne disent pas grand chose sur les performances d’une voile mais indiquent plutôt un comportement de la voile et donc indirectement l’expérience nécessaire de la part du pilote pour pouvoir piloter cette voile en toute sécurité.
- Même à l’intérieur de chaque catégorie il peut y avoir de fortes différences car chaque voile est homologuée dans la catégorie la plus haute selon les résultats des tests. Cela veut dire qu’il n’y a pas de différence visible de suite entre une voile qui obtient 23 A et 1 B et une voile qui obtient 24 B, les 2 seront homologuées dans la catégorie B. Il est donc impératif de regarder le résultat de la homologation de plus près pour se rendre compte du comportement de chaque voile. Elles n’ont pas toutes le même comportement, ni exigent le même pilotage.
- La homologation d’une voile se fait toujours avec une sellette et une ouverture ventrale très précise, qui sont mentionnées sur le rapport d’homologation. Le fait de voler avec une sellette différente (cocon, sellette avec points d’ancrage différents, sellette de voltige avec ouverture ventrale plus grande, ...) peut faire de sorte qu’une voile a un comportement complètement différent de ce qui a été établi dans l’homologation. Parfois les réactions de la voile sont (beaucoup) plus vives et risquent de surprendre les pilotes qui n’ont pas assez d’expérience pour facilement les contrôler.
- Si on utilise une voile ou une sellette trop pointue par rapport à son expérience

* On risque de voler crispé pour éviter des incidents et donc de ne pas exploiter les possibilités de la voile complètement. On évolue moins vite et en plus on se fait moins plaisir.
* On risque de se faire peur ou mal au moment où la voile demande une intervention vite et précise après un incident en vol. Après un ’vrac’ souvent la confiance et le mental descendent et cela peux prendre du temps pour se sentir de nouveau bien en l’air.

- Comparer finesses et vitesses ne sert à pas grand chose, (sauf si on part vraiment en compétition). On voit régulièrement qu’un bon pilote avec une voile de base peut parfaitement concurrencer et faire de plus beaux vols qu’un pilote moins à l’aise, qui vole avec une machine beaucoup plus pointue. Les petites différences de performances sont souvent des arguments de marketing.

Astuce 3 C  : Achètes que du matériel adapté aux conditions dans lesquelles tu vol, ton nombre d’heures de vol par an, ta façon de voler et les sites que t’utilise.

Il y a autant de façons de pratiquer le parapente qu’il y a des parapentistes :
- Voler au bord de la mer, en haute montagne ou en plaine
- Voler en brise, thermique, restitution ou faire du soaring en dynamique
- Voler tranquille le matin et les jours couverts ou voler à 14 h dans les thermiques du printemps
- Voler accompagné en école, en club ou voler seul
- Faire une sortie par an ou voler tous les jours
- Voler tranquille ou faire de la compétition, des cross, du voltige, atterrissage de précision, vol de durée, expédition, ...
- Voler sur site ou vol-rando / hike and fly

A chaque pratique, chaque site, chaque mental, chaque condition de vol et chaque pilote correspond du matériel bien adapté. Prenez le temps de réfléchir sur ce que tu attends du parapente.

Il y a aujourd’hui pas mal de choses à prendre en compte, beaucoup de questions qui se posent par rapport aux voiles :
- voile traditionnelle, mini-voile, voile hybride, voile de voltige, monopeau, ...
- nombre de lignes : 2, 3, 3 1/2, 4
- suspentes gainées ou pas
- sharknose, joncs, miniribs, ...
- structure interne de la voile
- tissus légères, induction, ...
N’hésitez pas à demander l’avis d’un professionnel pour y voir plus claire et faire son choix sans se tromper.

Astuce 4  : N’achètes jamais de matériel de base sans l’avoir testé en vol (même si ça semble d’être l’affaire du siècle)

Une fois établi le genre de matériel qui te faut on commence à chercher ce qui pourrait y correspondre.

Je donne mon exemple quand j’ai changé de voile en 2015 :
- Je pèse 45 kg et mon PTV tourne autour du 60kg avec mon matériel complet.
- Je vole surtout en conditions calmes donc il ne me faut pas être en haut de la fourchette, je cherche donc une voile avec un PTV entre 50 et 70 kg
- J’ai 300 vols donc il ne me faut pas forcément une voile débutante
- Je fais une 40 aine de vols (15 h) par an purement pour le plaisir sans compétition et je commence à me sentir à l’aise dans les thermiques. Je cherche donc une voile avec une sécurité passive importante pour ne pas me prendre la tête mais qui est quand même ludique pour me faire plaisir, donc une EN A haute ou EN B basse voir moyenne
- Je cherche une voile qui transmet bien l’information de la masse d’air sans me bousculer
- Je cherche une voile avec un virage efficace pour bien exploiter les petites conditions
- Je fais de la pente école sur l’herbe et je vole surtout dans le Cantal donc je pourrais opter pour du matériel moins costaud que si j’étais au bord de mer ou sur des cailloux
- J’ai des problèmes de dos mais on part quand même souvent en vol rando, j’opte donc pour du matériel plus légère

En fin de compte j’ai testé 4 voiles qui avaient toutes l’air de correspondre au cahier des charges et qui, sur du papier, auraient dû être toutes magnifiques et adaptées à mes besoins. En réalité il y en avaient qui étaient bien mais sans plus et d’autres qui ne m’allaient pas pour des raisons inexplicables. Une voile est très personnelle, (c’est comme des chaussures de marche, certains modèles sont bien de suite et d’autres pas) et il est important de se sentir à l’aise en dessous. La 5ième était le coup de cœur direct et elle me correspond vraiment parfaitement, c’est une Orbéa 2 XS de MCC paragliders que j’adore et en dessous de laquelle je me sens super bien car elle correspond à moi.

Il est impératif d’essayer des voiles jusqu’au moment ou on trouve vraiment « chaussure à son pied ». A ce moment elle sera ta compagne fidèle dans toutes les aventures aériennes et t’accompagnera dans toutes les conditions en toute confiance.

Le plus important n’est pas d’avoir la voile la plus performante, la plus vite, avec la plus grande finesse, mais de se faire plaisir en toute sécurité. Ne laissez pas votre orgueil vous séduire à acheter de matériel trop pointue mais laissez vous guider par le plaisir que vous ressentez sous une aile qui vous convient parfaitement.

Voler décontracté, se sentir à l’aise en l’air et progresser sereinement dans sa pratique de vol est seulement possible si on utilise le matériel adapté à son expérience et sa façon de voler.

Pour cibler la voile parfaite, n’hésites pas à faire confiance à un professionnel qui peut aider à mieux trouver la voile qui correspond à toi.


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